Des passages à retrouver… et à ne plus perdre
En forêt, les cloisonnements sont des passages organisés pour réaliser les travaux et canaliser la circulation des engins. Les retrouver, les entretenir et conserver leur emplacement permet d’éviter de multiplier les passages au fil des interventions. Le chantier présenté concernait l’ouverture ou la réouverture de cloisonnements sylvicoles au broyeur dans une jeune régénération.
Le projet SCAN — Solution Cloisonnement et Analyse Numérique — s’articule autour de trois objectifs : retrouver les anciens cloisonnements, guider les broyeurs forestiers et enregistrer les passages réalisés pour pouvoir réutiliser ces informations lors des prochains chantiers. Derrière les écrans et les antennes, un enjeu très concret : faciliter le travail des opérateurs et limiter les impacts sur les sols.
Le LiDAR révèle les traces du terrain
Comment retrouver un passage devenu peu visible sous la végétation ? Les équipes croisent plusieurs sources : le relief du sol issu du LiDAR HD de l’IGN, les photographies aériennes, les cartes et, bien sûr, les connaissances des agents de terrain. Le LiDAR utilise des impulsions laser pour mesurer des distances et produire une représentation du milieu en trois dimensions. En isolant les points correspondant au sol, on peut rechercher les traces laissées par les interventions passées.
Lorsque les données disponibles ne suffisent pas, une acquisition LiDAR par drone peut apporter une description plus fine ou plus récente. Les essais présentés montrent ainsi davantage de cloisonnements retrouvés avec les acquisitions par drone qu’avec les données IGN, dans les configurations étudiées. La technologie aide à lire le terrain ; l’expérience des forestiers reste indispensable pour interpréter ce qu’elle révèle.
Un broyeur, une console et la mémoire du chantier
Une fois le réseau préparé dans un système d’information géographique, le tracé est transmis à la console de l’engin. Le chauffeur dispose alors d’un repère numérique pour conduire son travail. Le dispositif associe un récepteur de positionnement satellitaire, des corrections RTK et, lorsque les conditions l’exigent, une liaison radio pour transmettre ces corrections. Sous les arbres, la réception reste un sujet à part entière : le GPS forestier ne se résume pas à celui que l’on utilise pour rejoindre une adresse !
La démonstration permettait de découvrir l’engin et les outils de suivi, avec un écran partagé et des images du chantier prises par drone. Mais l’intérêt ne s’arrête pas au guidage : les passages réalisés sont enregistrés, contrôlés puis conservés. Au prochain chantier, les équipes peuvent retrouver ce qui a réellement été fait, plutôt que repartir de zéro.
Les intervenants ont également insisté sur l’organisation nécessaire : préparer les données, les transmettre, accompagner les chauffeurs et mettre à jour les informations. Le gain de temps annoncé vient notamment de la suppression d’une partie du marquage préalable à la peinture. La machine est visible ; le travail de préparation l’est beaucoup moins, mais il compte tout autant.
Découvrir les outils avec les futurs forestiers
Cette sortie était aussi l’occasion de partager un moment avec les étudiants de BTS GF 1 du lycée Granvelle et leurs enseignants, Baptiste Chaillet et Emmanuel Couette. J’en ai profité pour échanger avec eux sur leur formation et sur les motivations qui les ont conduits à choisir cette filière. Pour Silva Numerica, ces discussions sont précieuses : elles permettent de garder le lien avec les apprenants auxquels nos outils pédagogiques sont destinés.
Autour des démonstrations, nous avons également découvert des présentations de LiDAR terrestre, avec des nuages de points utilisés pour étudier les arbres ou décrire les ornières. Autant d’exemples concrets de la place prise par les données dans les métiers forestiers, et de l’importance d’apprendre à les comprendre autant qu’à les produire.
Du chantier réel à la forêt pédagogique
Pour Silva Numerica, cette rencontre nourrit directement la réflexion sur les futurs usages pédagogiques : représenter un réseau de cloisonnements, comprendre la circulation des engins, observer les impacts sur le sol ou confronter une représentation numérique à la réalité du terrain. Ce sont des pistes de travail, à construire avec les enseignants et les professionnels.
Une conviction ressort de cette journée : un outil numérique forestier prend tout son sens lorsqu’il répond à une situation réelle et aide à comprendre les choix à faire. Le numérique a sa place en forêt. À condition de garder les bottes sur le terrain.
Merci aux équipes de l’ONF et du FCBA pour leur accueil et leurs explications, ainsi qu’aux enseignants et aux étudiants du lycée Granvelle pour les échanges !